Les Alpine et le Critérium

Il y a quelques dizaines d’années de cela déjà, un génie de l’automobile, Jean Rédélé, reprenait le flambeau allumé par Amédée Gordini et sa célèbre R8, pour créer l’un des coupés sports les plus dérangeants, le plus diaboliques et les plus légendaires de l’histoire de l’automobile française.
Cet ingénieur venait de mettre au monde la formidable Alpine mue par un moteur Renault.
D’emblée le succès fut immédiat. Les Darniche, Andruet, Thérier, Ragnotti et autres Nicolas ont écrit les plus belles pages des rallyes français au volant de celle que l’on appelait familièrement “la Berlinette”. De la neige du Monte-Carlo aux pistes du Safari-Rallye en passant par les tourniquets de la Corse ou la poussière du Maroc, ces voitures ont tout remporté, y compris l’adhésion totale d’un public tout voué à cette drôle de voiture bleue à la motorisation modeste face aux monstres italiens ou allemands de l’époque mais à la tenue de route exceptionnelle.

Alain Lauret

assistance ronde

photo GP

 

 

 

 

 

 

LE CRITERIUM DES CEVENNES

Un an après la naissance de la première Alpine, c’est en 1956 sous la désignation de “Rallye de la Vigne et du Vin”, que le Critérium des Cévennes voit le jour. Rallye à vocation touristique les premières années de son existence (1952), les “Cévennes” deviennent, dès le début des années soixante, une compétition de haut niveau incontournable pour tous les pilotes de notoriété. Mais cet engouement ne se limite pas seulement aux concurrents, les milliers de spectateurs concentrés le long du parcours pendant “la nuit des Cévennes” confirment l’intérêt du public pour cette épreuve.
Théâtre de chaudes empoignades pour la victoire finale, mais aussi de grands retournements de situation, c’est entre 1966 et 1977 que les Alpines ont marqué le Critérium des Cévennes. Avec pas moins de 8 victoires, les Dieppoises ont assommé la concurrence dans les tourniquets cévenols.

Les “années Alpine”

  • Jacques Feret est le premier à faire grimper une Alpine sur le podium du Critérium des Cévennes avec une 3ème place en 1961.
  • Avec la nouvelle Alpine A110 1100 Mauro Bianchi termine 2nd sur les routes très glissantes de l’édition de 1964.
  • En 1965 la firme Dieppoise engage plusieurs versions d’A110 pour Bianchi, Orsini, De Lageneste et Hanrioud. La victoire échappe encore à Alpine, Orsini et Bianchi terminent respectivement 2nd et 3ème .

Ø En 1966, Alpine intensifie son effort avec une A110 1440 pour Orsini, une A110 1300 pour Piot et Hanrioud ainsi qu’une A110 très allégée équipée du 1500 utilisé au Mans pour Vinatier. Bagarre fratricide entre les Alpine cette année là. Après les sorties de route de Bianchi et Hanrioud, la première victoire d’Alpine revient à Vinatier devant Orsini. 1966 marque aussi le début d’Andruet, de Mieusset et de Fiorentino sur des R8 Gordini !!!

Ø En 1967, Alpine débarque encore en force sur les terres cévenoles. Andruet, Depailler, Larrousse, Orsini, Piot et Vinatier sont les représentants de la marque Dieppoise. Gérard Larrousse domine l’épreuve sur son A110 1600, mais sa victoire n’est pas suffisante pour la conquête du titre de Champion de France. Cette année là, Jean François Piot termine 3ème avec une A110 1440 et Jean Claude Andruet se classe 6ème avec une A110 1150.

Ø Pour l’édition de 1968, l’usine Alpine engage 7 berlinettes pour Andruet, Consten, Depailler, Larrousse, Nicolas, Orsini et Vinatier. On assiste encore à une domination sans équivoque de Gérard Larrousse, c’est avec un culbuteur cassé qu’il réussit grâce à son fin pilotage à contenir les assauts de la Porsche d’Elford jusqu’à sa sortie de route. Cela n’empêchera pas Alpine de monopoliser le podium cette année là, 1er Vinatier A110 1470, 2nd Orsini A110 1600, 3ème Consten A 110.

Ø En 1969, comme les années précédentes, Alpine présente 7 berlinettes au départ du Critérium, et profite des routes cévenoles pour expérimenter différents prototypes. Notamment une version raccourcie du proto A220/V8 3 litres des 24 Heures du Mans. L’armada Alpine est peu à peu décimée avec les abandons d’Andruet, de Nicolas et de Thérier. La victoire semble promise à Darniche et sa NSU qui domine l’épreuve sous la pluie, mais une crevaison en décide autrement et c’est Vinatier sur A110 1600S qui l’emporte pour la seconde année consécutive. Consten sur A110 1440 termine 3ème, et Depailler 4ème sur A110 1530.

Ø C’est une confrontation Alpine / C.G. qui marque l’édition de 1970. De Cortanze et Vinatier sont présents sur des A110 1600 et Darniche sur une A110 1800. Avec la sortie de route de Darniche et les problèmes mécaniques des autres représentants de la marque Dieppoise, la victoire échappe à Alpine mais pas à Gérard Larrousse qui a changé de constructeur !

Ø En 1971 Alpine aligne deux protos 1800 allégés pour Andruet et Darniche et un 1700 pour Nicolas. Le verglas qui recouvre cette année les routes cévenoles fait renoncer Andruet et Nicolas. Après un début de course prudent, Bernard Darniche arrache dans les derniers kilomètres la victoire à Fiorentino et son spider C.G.. Francis Serpaggi sur A110 monte sur la troisième marche du podium.

Ø 1972 est marqué par la présence de “semeurs de clous ” qui tentent de saboter le rallye. Sur le plan sportif l’événement, c’est la présence d’une berlinette équipée d’un turbo compresseur. A la demande de Jacques Cheinisse, Dudot et Mignotet installent un turbo sur un moteur de 1600S. Au banc d’essai ce moteur développe 240 ch, mais il est ramené à 200 ch pour affronter les routes cévenoles. C’est entre les mains de l’équilibriste Jean Luc Thérier que cette Alpine triomphe malgré les clous. Manzagol et Serpaggi sur des A110 1800 complètent le succès d’Alpine.

Ø En 1973 l’épreuve est annulée.

Ø En tête après 3 spéciales Jacques Henry casse la boite de vitesse de son A110 1800 et se retire du Critérium 1974. 5ème au classement général, Michèle Mouton sur A110 1600 remporte la coupe des dames et confirme ses talents pilote.

Ø Venu pour conquérir le titre de Champion de France, Jacques Henry prend le départ de l’édition 1975 au volant d’une A110 1800. A ses côtés on trouve Francis Serpaggi sur une autre A110 1800 et Guy Fréquelin sur une A310 V6. Le “Grizzly” s’adapte rapidement à la nouvelle Alpine et prend le commandement de l’épreuve. Mais des problèmes de chauffe moteur le font renoncer, laissant le champ libre à Jacques Henry qui remporte cette édition devant Francis Serpaggi.

Ø Deux A310 V6 sont au départ de la 20ème édition en 1976 pour Bruno Saby et Francis Vincent, mais aucun ne rejoindra l’arrivée!

Ø Opposé à Bernard Darniche dans la quête du titre de Champion, Guy Frèquelin pilote officiel Renaul s’aligne au volant d’une A310 V6 en 1977. Avec un moteur 2,9 litres et une boite 5 vitesses, l’auto développe 270 ch. Des problèmes de carburation en début d’épreuve contraignent Fréquelin à laisser partir Darniche vers la victoire. Mais une rupture de différentiel immobilise la Lancia Stratos laissant la victoire à Guy Fréquelin.

 

Galerie de photos Alain Lauret